Deux ans après son stage ‘Piloter une équipe’

Jérôme témoigne, après sa reconversion en maître des écoles.

Merci. Merci pour ce que le Cycle des Pionniers diffuse. Merci pour la façon dont cela a pu résonner en moi.

Les six jours du stage "Piloter une équipe ou une organisation en mode intelligence collective" animé par le Cycle des Pionniers en 2019 m’ont vraiment marqué. Je repense souvent à chaque formateur de l’équipe d’animation, à ce que la formation m’a enseigné et comment elle m’a éclairé.

Je me suis reconverti de journaliste à professeur des écoles. Et, parmi les vœux d’affectation que j’ai formulés, l’un a été exaucé : je suis tombé au bon endroit. Le hasard a joué. Il n’y a pas de hasard.

J’ai rejoint une école en Réseau d’Education Prioritaire à Paris, dont la population est très diversifiée.

Après avoir voyagé sur tous les continents, me voici avec ces gens d’ailleurs. Je me sens citoyen du monde : c’est une si petite planète.

Dans cette école, l’équipe pédagogique est confrontée à une certaine violence venant des élèves et à des relations parfois tendues avec les parents. Elle a démarré une formation en communication bienveillante en coopération avec l’association « Korhom » (association d’éducation aux droits humains). Dans ce cadre j’ai pu apporter plusieurs retours d’expérience, notamment en communication non violente.

Et j’ai rejoint une classe de maternelle : je m’occupe de petits et moyens âgés de 3 à 5 ans. Dans la société actuelle, je perçois que l’individu semble se centrer toujours davantage sur lui-même, tendance accélérée par le contexte sanitaire et la révolution numérique. Il est constaté que le temps de concentration diminue et que le « non » disparaît de l’éducation des enfants ; en parallèle, la mission des enseignants est d’amener les élèves à devenir élève, à devenir citoyen, à apprendre à coopérer… Tant de choses semblent devoir se jouer aujourd’hui pour le monde de demain.

Je me sens comme une antenne qui capte des signaux complexes de ce monde en devenir :

  • Le numérique et les réseaux sociaux – bien pilotés par une intelligence artificielle lucrative – volent le temps disponible aux autres et s’emparent des cerveaux : harcèlements, mal-être, captation de toujours davantage de temps libre, société du « JE » alors que « je » parle en « on » ou « tu », culte de l’individu, sexisme, communautarismes resserrés…
  • Les séries et les fictions ultra violentes sont regardées aussi par les enfants, parfois avec les parents.
  • La publicité continue à stéréotyper nos vies et à créer le manque et l’envie ; elle envahit les rues et les moyens de transports, les écrans, les compétitions sportives, la vie privée, et génère des profits colossaux.
  • Les effets du confinement (actuels et encore à venir ?) se font sentir ; j’entends ici et là que cette rentrée scolaire des petites sections est « anormale » de par les retards de langages et les difficultés à se concentrer… Chaque individu ne fréquenterait plus qu’un groupe limité de gens, tendance aggravée par les réseaux sociaux et maintenant par le confinement. Il en résulte un possible étiolement du jugement, de la confrontation à ce qui ne ressemble pas à soi et donc une difficulté à être confronté aux différences ; je vois que les automobilistes se tapent dessus, les relations de voisinage se tendent et ne laissent plus rien « passer ».

Alors que faire ? Le Cycle des Pionniers et mon parcours m’incitent à être témoin et à être en présence ; une présence réelle, une présence qui permet à un individu d’avoir prise avec un autre, en classe, avec les autres professionnels de l’éducation... J’ai suivi récemment des formations de CNV et de clown en milieu de soin, j’ai pratiqué la danse et j’ai compris l’importance du corps. Tout cela m’a renseigné sur moi-même, sur la présence ; tout cela m’a enseigné la posture, l’écoute, le regard sur soi, les autres, le monde.

J’attends avec impatience de reprendre des modules de CNV au Cycle des Pionniers. Mais en attendant, pas-à-pas, j’insuffle un changement avec les quelques outils que j’ai en poche.

Bref, je repense à la vision éclairante, partagée par les formateurs du Cycle des Pionniers avec le groupe durant ce stage de 2019 : « savoir si je suis à ma place et pour quelle mission ». Cette question n’a jamais autant fait écho qu’aujourd’hui.

Je suis à ma place.

Texte de Jérôme Guilbert (11 novembre 2021)

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